HomePage > LA VIE QUOTIDIENNE DES LPN > CHARLES EDOUARD VALEY
More actions

CHARLES EDOUARD VALEY

Tags:  

DEBUT - MARYSE 68 - ECRIVAIN

Charles Edouard VALEY n'était pas mécontent du coup de génie qu'il venait de produire. Ce conseil d'administration avait été particulièrement houleux et les actionnaires, très remontés contre lui, semblaient vouloir le débarquer comme un capitaine jetterait un mauvais moussaillon au premier port atteint. Les résultats allaient de mal en pis ces derniers mois sans qu'aucune tentative de redressement ne vienne enrayer cette spirale sans fin. Pourtant, en ce lundi matin, il les avait informés : le 11 juin 2007 serait annoncée en grandes pompes une découverte fabuleuse qui permettrait à LPN de renouer avec l'image d'une entreprise dynamique et innovante, cette même entreprise pour laquelle il se battait quotidiennement avec acharnement depuis 7 ans à présent. A 50 ans tout juste, Charles Edouard vivait le déclin financier de LPN comme le signe de son déclin personnel. Ce sentiment, profondément ancré en lui, était pourtant très loin de ce qui se dégageait de sa personne. Cet homme svelte, élégant, la cinquantaine grisonnante et rayonnante, avait tout pour séduire et convaincre autour de lui. Ces deux derniers trimestres avaient pourtant eu raison de son assurance légendaire et le doute l'envahissait peu à peu. Et s'il n'était plus à la hauteur ? Et si les jeunes loups aux dents longues qu'il avait pour collaborateurs étaient une menace pour lui ? Et si les quelques critiques savamment placées par eux devant tel ou tel actionnaire finissaient par porter atteinte à sa crédibilité ? On n'apprend pas au singe à faire la grimace dit-on ! et, bien des années auparavant, c'est lui qui portait les attaques pour grimper les échelons et devenir calife à la place du calife. Mais il savait encore riposter et tenir ces ambitieux au sourire hypocrite en respect. Pour l'heure, il savourait ce coup de maître qu'il venait de faire ! l'audience à l'unanimité avait applaudi des deux mains ! son crédit confiance était renouvelé, il allait repartir de plus belle.

Evidemment, restait à convaincre le principal acteur dans cette affaire : le directeur de recherche du laboratoire, Yves Lachard. Eminent chercheur, ce collaborateur de longues dates s'entêtait à freiner son projet de conférence. Des heures de discussion n'avaient pas suffit à le persuader. Ce perfectionniste à l'extrême finissait même par l'agacer ! comment pouvait-on se montrer si buté lorsque l'enjeu était d'une telle importance ? il serait toujours temps de fignoler, l'important était de lancer et de lancer en premier ! combien de fois avait-il dû subir l'arrogance des laboratoires concurrents qui, sur le fil, annonçaient en fanfare une découverte que LPN était à deux doigts de lancer aussi ? cette fois, il ne pouvait plus se le permettre et il aurait l'audace pour deux de griller les étapes s'il le fallait ! Bien sûr les effets secondaires du traitement n'étaient pas parfaitement identifiés, bien sûr bien des zones d'ombre restaient à éclaircir, mais tout s'arrangerait après cette cérémonie grandiose qu'il organiserait dans cet hôtel luxueux, tout près de la Place de la Concorde dans un Paris qu'il aimait tant le soir lorsque tout s'illuminait. Lui aussi brillerait ce soir-là tout comme les yeux des représentants de la distribution internationale de tels traitements devant la perspective des profits en jeu. Tout irait mieux après, il fallait que Yves Lachard, de gré ou de force, accepte enfin de donner son aval. Il n'était de toute façon plus question de reculer à présent.

C'est bien ce qui le tourmentait en regagnant sa dernière acquisition, une Mercedes classe S, intérieur cuir, sièges avant multicontours dynamiques avec option massage. Il souriait de s'entendre reprendre mentalement les arguments savamment déployés par le vendeur qui lui avait fourgué ce petit bijou automobile. Il fallait bien ça pour impressionner encore Madame Charles Edouard VALEY, Viviane de son prénom, qui était encore la seule à y attacher une quelconque importance. Le temps passant, il avait appris à considérer tous ces privilèges avec recul, lui qui se posait de plus en plus fréquemment la question du sens de la vie et de l'essentiel. Jamais cependant il ne s'était décidé à bouleverser la donne, à changer tout pour enfin voir à quoi ressemble une vie que l'on consacre à ne faire que ce dont on a envie... A l'heure où il quittait les bureaux de LPN, la circulation était fluide depuis longtemps. Il était fatigué et impatient de regagner sa villa de banlieue à Versailles. Il rentrerait, irait saluer son épouse qui comme à son habitude feuilletterait machinalement quelques revues féminines essentiellement constituées de publicité pour crèmes aux pouvoirs magiques censés rendre une nouvelle jeunesse à toutes celles qui n'ont pas compris que leur beauté réside aussi dans ces traces qui prouvent qu'elles ont ressenti, souffert, gagné, pleuré... bref qu'elles ont vécu, ces traces qu'on appelle les rides, que la plupart voudrait cacher quand lui y trouvait un charme inégalable. Il était attiré par ces femmes qui assumaient et qui, loin de vouloir tricher, revendiquaient leur passé et leur parcours comme un trophée et parvenaient à en faire un instrument de séduction. C'est comme ça que Lydia l'avait séduit. C'est comme ça qu'il avait entamé avec elle une relation parallèle qui lui offrait cet âvre de paix dont il profitait à quelques occasions trop rares... vie professionnelle ou vie sentimentale... difficile de faire coexister deux mondes si différents surtout lorsque la vie conjugale compte encore. Et puis il ne voulait surtout pas risquer de chuter du piédestal où ses enfants, devenus adultes, l'avaient porté : il était l'homme droit, fort et gagnant pas l'homme d'une relation secrète et encore moins adultère.

Le portail de l'entrée arrivait enfin à portée de vue, un clic sur une télécommande et le voilà qui pénètre dans la cour de sa résidence cossue. Demain il contacterait Yves Lachard pour le convaincre que ce grand show en projet était à présent incontournable. La machine était lancée, il fallait se jeter dans la bataille. Il était partagé entre joie et crainte, mais plus moyen de reculer. Demain Yves Lachard devrait céder de gré ou de force.

FIN - MARYSE 68 - ECRIVAIN


1 Comments  Show recent to old
Editeur, 908 - days ago   

ATTENTION ! lorsque vous avez terminé votre intervention, n'oubliez pas de cliquer sur le bouton "SAVE" tout en haut à gauche de l'écran. Sinon, votre texte sera perdu...




 RSS of this page

Written by:   Version:   Last Edited By:   Modified